Après douze ans de Journées sociales du Québec

En parcourant les Actes  des sept rencontres nationales des Journées sociales, on peut dégager plusieurs orientations  fondamentales, dont certaines reviennent plus d’une fois. En 1999, à Hull, nous avions utilisé un outil qui permettait de situer quatre types d’apprentissages pour entrer dans un parcours politique. Le premier parlait du processus de conscientisation, le deuxième d’auto-organisation communautaire, le troisième  désignait l’organisation collective et le dernier du pouvoir politique. À partir des pratiques  qui ont été présentées par plusieurs groupes, il est ressorti ce qui suit : les groupes participants avaient tous un parcours où les pratiques de conscientisation étaient générales (100%). Les trois quarts (75%) avaient appris à s’organiser en comptant sur leurs ressources. Un peu plus de la moitié (60%) avait élargi ses actions et effectué des alliances collectives. Enfin, 30% seulement s’étaient engagés dans une démarche proprement politique. Malgré la modestie de l’échantillonnage, ces résultats semblaient refléter assez bien les sensibilités de beaucoup de personnes engagées socialement et se référant à des convictions chrétiennes.

Nous allons utiliser cette grille pour situer les multiples orientations proposées par les participants et participantes au cours des diverses rencontres nationales. Les lecteurs pourront apporter les nuances qui s’imposent.

1. Les orientations proposées concernent majoritairement les apprentissages de la conscientisation : on propose de déboulonner la pensée néo-libérale dominante et de retrouver la recherche du bien commun, on veut démystifier les rouages des grandes organisations financières internationales. En se restreignant à notre milieu, on veut mieux comprendre les rouages de la fiscalité et retrouver l’éducation coopérative qui a donné naissance aux Caisses Populaires. En économie, on aimerait inventorier d’autre types d’entrepreneurship, plus sociaux et plus sensibles à l’environnement. Comme on est sensible à l’altermondialisation, on aimerait y participer au niveau de sa région.
2. Pour ce qui touche à l’auto-organisation communautaire, on retrouve peu d’orientations spécifiques, comme si l’on savait tabler sur les forces et les faiblesses des membres.
3. Par contre, on retrouve plusieurs orientations dans l’exploration des alliances collectives. On insiste alors pour travailler avec d’autres à faire du développement local une pratique qui implique le plus de monde possible; on vise à sensibiliser le milieu pour retrouver du pouvoir sur sa Caisse Populaire et sur l’orientation des épargnes qui pourraient profiter au milieu. D’autres aimeraient donner du poids à une gestion patrimoniale de nos ressources naturelles. Enfin, de faire effort pour passer de ses pratiques micro à des concertations plus larges avec d’autres groupes du milieu ou de la région.

4. Au sujet du combat proprement politique, on insiste pour travailler à un autre imaginaire qui donnerait de l’espace à une démocratie de participation dans tous les milieux. Comme nous avons toujours des marges de manœuvre et que le pouvoir a plusieurs facettes, on insiste pour apprendre à élargir ses marges et à préciser les formes de pouvoir qui sont plus à notre portée et à celle des gens avec qui nous travaillons : pensons au pouvoir de l’information, de la compétence, de l’influence, du nombre, de l’expérimentation sociale aux frontières du déjà connu..

Les actions mentionnées.

Les groupes  participants ont déjà de la difficulté à faire leur travail à cause du manque de ressources. Malgré tout, ils jugent qu’ils doivent solidifier ou recréer des réseaux entre les gens, les groupes, les divers intervenants du milieu.  Les syndiqués projètent d’interroger leur syndicat sur les lieux des placements. D’autres appuient le mouvement ATTAC et sa revendication de la taxe dite « Tobin ». Plusieurs notent la détérioration des services rendus aux analphabètes et aux nouveaux arrivés et insistent pour réclamer plus de moyens. La grande majorité entend continuer d’appuyer les luttes contre la pauvreté, que ce soit à l’intérieur des tables de concertation, locale ou régionale, comme dans des expérimentations micro comme les Centres d’emprunt ou les groupes d’achats coopératifs. Enfin, on croit que la citoyenneté peut se découvrir entre nouveaux arrivants et vieux québécois autour de projets  concrets comme le logement, la violence à l’école ou dans la rue. Des lieux de prises de parole se mettront alors sur pied ou, quand ils existent, ils nous faudra y participer. Certains ont même mentionné des repas interculturels comme lieux de familiarisation et de découverte réciproque. Enfin, plusieurs ont noté, est-ce un vœu ou une volonté, de se donner des lieux de discernement évangélique, ou l’on s’occuperait, non seulement de l’action mais de l’acteur et de ce qui le « travaille ».