Les Journées sociales du Québec 2007: un résumé

Se sont déroulées, cette année, du 15 au 17 juin, à Saint-Hyacinthe, sous le thème « Débloquer l’avenir ». Elles rassemblaient des chrétiens et des chrétiennes  préoccupés par la question sociale et oeuvrant dans différents secteurs de la société québécoise.
  • Dans un premier temps, un groupe local qui lutte pour la qualité de l'eau de la rivière Yamaska nous a rappelé l'importance de l'environnement et les multiples défis concrets qu'il comporte.
  • Dans un deuxième temps, un panel a décrit quatre mouvements sociaux qui ont marqué notre histoire récente et la capacité d'interpellation qu'ils recèlent pour nos engagements actuels et futurs. Il s'agit du mouvement coopératif, du mouvement syndical, du mouvement communautaire et du mouvement féministe. Des ateliers ont permis une appropriation des questions.
  • Enfin, dans un troisième temps, une célébration collective a permis d'entendre des témoins d'hier et d'aujourd'hui et de préciser certains moyens de changer les choses dans les diverses communautés où nous avons les pieds.

Le texte qui suit s'inspire des notes prises dans les divers ateliers à la suite du panel et des échanges tenus tout au long de la fin de semaine. Il n'est évidemment pas complet. Son but est de permettre aux régions de poursuivre les réflexions et de les enrichir. C'est, en effet, dans nos multiples lieux d'appartenance et d'action que les suites prennent toutes leurs couleurs.

Voici quatre grandes orientations et certains moyens  proposés pour les traduire. Un rappel succinct des contextes évoqués les précède.

1. Écouter les gens et créer des réseaux d'échanges

 
Dans certains médias, notre société donne l'impression d'un grand carrousel où chacun tourne en rond sans trop de préoccuper des autres. Le « prêt-à-jeter » est répandu, si bien que la transmission des acquis se fait difficilement. Qu'on songe seulement à la créativité coopérative, aux luttes syndicales qui ont donné un droit du travail enviable ou la critique féministe de la domination. Toutefois, une sensibilité écologique s'infiltre de plus en plus, chez des jeunes et des moins jeunes, qui découvre les liens multiples qui façonnent notre environnement et qui appelle une autre façon de vivre ensemble. D'où une soif de ne pas être réduit  au simple rôle de consommateur et de créer des liens avec d'autres pour favoriser des réseaux d'échanges et devenir des citoyens et des citoyennes capables  de créer ensemble un monde différent.

Tous les ateliers  ont insisté sur cette nécessité de se mettre à l'écoute les uns les autres, de se révéler mutuellement nos ressources et nos rêves, de se réapproprier notre histoire et de découvrir celle des autres, afin de travailler ensemble à débloquer  un avenir commun.

Certains moyens ont été mentionnés : des ateliers de travail pour régler des problèmes concrets, qu'il s'agisse de jeunes, de femmes, de nouveaux Québécois ou de personnes exclues de la vie sociale. On a mentionné les outils du Collectif de lutte à la pauvreté, les initiatives d'ATD quart monde sur la culture et ceux du collectif intergénérationnel.

2. Justifier à nouveau la solidarité sociale

La pensée marchande semble avoir colonisé nos esprits et les voies alternatives ne font pas encore le poids. Il n'y a pas si longtemps, la solidarité sociale semblait cautionner une redistribution de la richesse. Aujourd'hui, un bon nombre estime que la richesse acquise par leur  travail leur revient et que les autres n'ont qu'à se débrouiller pour en faire autant. D'où l'urgence de justifier à nouveau la solidarité sociale en démystifiant les « prêts-à-penser » qui sapent toute tentative de rechercher un bien commun où il y aurait de la place pour tout le monde. Les mieux pourvus semblent, en effet, oublier que les investissements publics qui permettent aux entreprises d'opérer proviennent de toute la population et que vouloir accaparer la richesse collective engendre, tôt ou tard, des fractures sociales qui mettront en cause la paix sociale  et donc leurs profits.

Pour contrer les discours dominants, on propose d'intensifier l'éducation populaire et politique, avec, comme horizon, la promotion d'une activité citoyenne critique et participative. Les outils sont multiples, qu'ils s'inspirent des méthodes de l'Action catholique, du Collectif de conscientisation, des fiches du BIC (Brigade d'information citoyenne) ou des textes du Réseau oecuménique justice et paix.

3. Contribuer à une autre mondialisation

Pendant trente ans, nous avons attendu un pays dans l'espoir de pouvoir, par la suite, avoir notre place dans le concert des nations. Mais, entre temps, la globalisation des marchés s'est retrouvée dans nos villes et nos villages et elle est en passe de changer profondément les perspectives. La question n'est plus seulement de savoir si nous voulons un pays pour jouer, un jour, dans le concert des nations, mais de préciser ce  que nous voulons apporter, désormais, comme pays, dans l'édification d'une autre mondialisation.  Les exemples ne manquent pas de jeunes, de femmes,  de producteurs agricoles, d'ingénieurs, d'animateurs sociaux, de gens d'affaires qui apportent leur expertise, leur créativité et proposent des projets conjoints  avec des gens d'autres pays. Autant de signes qui dessinent un nouveau Québec et qui situent d'emblée l'économie dans un contexte social,  culturel et environnemental. Au niveau des régions, on cherche à imaginer des expériences de gérance des entreprises qui tiennent compte de la population et de l'environnement. Il y a là un changement de regard qui est fondamental  et qui engendre une espérance partagée.

L'exemple des citoyens et citoyennes de Saint-Camille, qui ont reçu le prix des Journées sociales cette année est éloquent. En plus d'une reprise collective de la vitalité de leur village, des liens de sont créés, grâce en particulier aux femmes, avec d'autres villages africains. D'autres ont mentionné les gens du Témiscouata qui viennent de créer une coopérative pour gérer une éolienne et bénéficier collectivement des retombées économiques de  celle-ci. Devant la crise de l'agriculture, plusieurs ont proposé de réactiver l'achat local et d'appuyer le commerce équitable, aussi bien ici que dans les pays producteurs de café. Sans parler des centaines de jeunes qui vont passer leurs vacances à se mettre au service des gens d'un village d'Amérique centrale  ou d'Afrique.

4. Favoriser les liens entre les divers mouvements sociaux

Tous les mouvements sociaux, et au premier chef les groupes communautaires, déplorent leur peu d'influence politique. Leurs ripostes sont bien timides face aux attaques de certains milieux d'affaires qui déplorent leur freinage devant les grands projets. Rares aussi sont les groupes qui décident alors de créer des ponts entre les divers engagements. Pourtant, nombreuses sont les forces populaires qui ont participé, il y a déjà quelques années, aux multiples sommets de développement social. Des milliers de personnes, à la largeur du Québec, ont alors discuté d'un  développement local et régional qui puisse être tout à la fois économique, social, culturel et, plus récemment, écologique. C'est  une telle vision du développement qui est désormais l'enjeu pour l'avenir. Mais elle ne pourra pas vraiment s'affirmer si les divers mouvements sociaux qui l'ont élaborée ne parviennent pas à travailler ensemble. Le monde des affaires et des finances a été globalement absent d'une telle démarche. D'où la nécessité de se rappeler les acquis et d'inviter le monde du capital à faire ses classes. Le monde politique, pour sa part, sera bien obligé d'attraper le train en marche.

Au niveau des moyens, nous pouvons profiter des concertations régionales pour se rappeler le nouveau modèle de développement et faire avancer la collaboration sur des dossiers communs. D'autres ont proposé d'inventorier les soutiens et les collaboration économiques qui pourraient se développer entre les groupes communautaires, qui risquent de disparaître, et des organisations syndicales. (On a cité l'exemple d'un groupe communautaire qui a soutenu des grévistes en favorisant des achats collectifs de nourritures pendant la grève.) Sans oublier des Caisses populaires qui pourraient développer des fonds importants de développement social, comme la chose s'est réalisé dans un quartier montréalais après cinq ans de collaboration.

Guy Paiement

Nos orientations et leurs racines chrétiennes 

Lors de nos échange de la fin de semaine, nous n'avons pas eu le loisir de creuser longuement les racines qui nourrissent nos grandes orientations. Les notes qui suivent voudraient y contribuer, quitte à chaque réseau de les enrichir.

1. Écouter les gens et créer des réseaux d'échanges

Pour nous, la personne n'est jamais comprise de façon isolée mais bien plutôt liée aux autres et à son milieu  et donc créatrice de liens. Elle est sans cesse créée et recréée à l'image et à la ressemblance d'une Présence créatrice qui se révèle comme  un « nœud de relations ». La révélation de la dignité et de la richesse de chaque personne demeure le lieu concret de l'expérience de ce que nous appelons Dieu. Voilà pourquoi la question posée à Caïn dans le vieux mythe de la création demeure permanente : « Caïn, qu'as-tu fais de ton frère? » Une réponse concrète à cette question bouscule les mécanismes du marché, qui enferment les gens dans leurs rôles de « consommateur », de  « client » ou de minorité statistique. La pratique de Jésus, le  Galiléen, est ici assez éloquente.

2. Justifier à nouveau la solidarité sociale

Le modèle économique contemporain du « gagnant et du perdant » reprend l'ancien modèle du « pur et de l'impur » contre lequel le Galiléen a lutté toute sa vie. Ce modèle engendre tôt ou tard des « structures de péché » qui empêchent les gens de vivre dans «  la liberté  des enfants de Dieu ». En termes clairs, nous finissons par trouver « normal » que des gens soient laissés pour compte, que des régions entières soient plongées dans le chômage et la misère. Nous libérer de l'emprise de ce modèle devient une tâche à la fois personnelle et collective. Un autre modèle est possible et c'est celui du « don et de la solidarité avec les exclus ». L'évangile nous  invite à y entrer et les expériences ne manquent pas dans notre histoire qui nous en montrent de nombreuses possibilités.

3.Contribuer à une autre mondialisation

Les défis actuels concernant l'avenir de notre planète sont en train de susciter chez des gens qui, hier, ne se parlaient pas, des débuts de dialogues et de pétrir  l'espérance  que nous pouvons, ensemble, agir pour infléchir l'entropie actuelle. Nous pouvons y voir un « signe des temps », c'est-à-dire une interpellation  du Souffle du Ressuscité à agir et à modifier nos comportements. Nos ancêtres dans la foi aimaient rappeler que les richesses de la nature et de la culture  doivent entrer dans un circuit de distribution qui profite à tout le monde car ils appartiennent à tout le monde. Soulignons que cette conviction reprend du service car la motivation pour protéger la planète vient de la responsabilité que l'on se découvre de remettre une planète habitable aux enfants de demain, qui, pourtant, ne sont  pas encore là.

4.Favoriser les liens entre les divers mouvements sociaux

Le bien commun  demeure le résultat d'une recherche qui est toujours à réinventer. Nous ne pouvons pas laisser celle-ci aux seuls politiciens et politiciennes car nous avons notre part de responsabilité comme citoyens et citoyennes. Les risques sont grands aujourd'hui de défendre ses propres objectifs corporatifs sans trop se soucier des autres agents sociaux.  « Faire la vérité », selon l'interpellation évangélique, signifie créer de nouveaux liens pour que la vie circule avec plus d'abondance pour le plus de gens possibles. Nous rejoignons ainsi l'invitation de Jésus qui, selon le mime de la sortie de table, lors de la Cène, nous invite à considérer tout pouvoir comme un service. Peut-être peut-on ajouter que nos efforts pour créer de nouvelles alliances comportent aussi une complicité avec l'ouverture permanente de notre alliance avec cette Présence qui nous accompagne sur nos chemins et dont nous devinons, parfois, les traces.

Guy Paiement

PS. Les Actes des Journées sociales 2007 à Saint-Hyacinthe seront disponibles au début de l'automne.

Pour plus d'informations sur les Journées sociales du Québec, on pourra consulter le site internet  www.journeessociales.org

On pourra aussi communiquer avec :   Guy Paiement (paiemg@cam.org)       MichelRioux (rioux6@sympatico.ca ) Florent Villeneuve(flovill200@hotmail.com)
Jean-Marc Gauthier (jm.gauthier@umontreal.ca ) Carmina Tremblay (carmina@cam.org) Yvonne Bergeron (yvomar@sympatico.ca ) Jean-Paul St-Amand (jp1947@hotmail.com)