Faire mémoire : la cène et ses deux traditions

Les récits de la Cène que nous trouvons dans les évangiles sont traversés par deux traditions. La première est la tradition cultuelle et l’autre la tradition dite testamentaire.

La tradition cultuelle comprend le devoir de mémoire (« faites ceci en mémoire de moi ») comme étant le rappel du rite que Jésus a instauré la veille de sa mort afin d’être présent à ses disciples d’une autre façon. Elle devrait normalement conduire à des engagements dans la société mais elle peut aussi se restreindre au culte et à la piété individuelle.

La tradition testamentaire, pour sa part,  comprend ce même devoir de mémoire comme l’invitation pressante que fait Jésus à ses disciples de continuer de faire ce qu’il a fait toute sa vie, à savoir, travailler au Royaume de Dieu, aller chercher ceux et celles qui sont exclus ou exploités et servir ses frères et ses sœurs toute sa vie, même si, ce faisant, on la met en danger.

Soulignons que c’est bien ce que Jean a compris du dernier repas quand, passant sous silence le récit cultuel, il met de l’avant la sortie de table et insiste sur la tâche de serviteur qui revient à ses disciples. Il assortit une telle pratique d’une promesse de bonheur : « Heureux serez-vous, si, du moins, vous mettez çà en pratique! »

Certes, ces deux traditions doivent se donner la main mais il n’est pas déplacé de constater que la seconde demeure actuellement sous-développée dans notre Église et que c’est la pertinence de l’évangile qui en souffre.

Référence : Xavier Léon-Dufour, Le partage du pain eucharistique selon le Nouveau Testament. Paris, Seuil, 1982