Session d’étude sur la pastorale sociale

QUELQUES RAPPELS

En mars 1991 les équipes diocésaines de pastorale sociale de l’Église du Québec ont vécu  une session d’étude avec l’Assemblée des évêques du Québec. Sous le thème « La pastorale sociale dans notre Église », les participantes et les participants, partagés en quatre miniplénières, ont approfondi respectivement les rapports entre la pastorale sociale et les communautés chrétiennes, la pastorale sociale et le milieu social, la pastorale sociale et la formation, la pastorale sociale et le leadership ecclésial.

Dans le document-synthèse[1] les auteurs évoquent surtout des constats accompagnés de quelques convictions et de souhaits formulés par les personnes participantes. Il nous paraît intéressant et important de rappeler ici certains éléments qui ne sont pas sans lien avec les Journées sociales 2005 et qui pourraient être pris en compte dans nos considérations sur l’avenir de l’engagement social.

Premier constat : bien que l’expérience chrétienne soit « fondamentalement sociale et communautaire, cette dimension constitutive de la foi est peu présente dans les communautés chrétiennes. »

Fréquemment des croyantes et des croyants s’engagent individuellement sur le plan social mais cela est rarement le fait de la communauté. Les personnes présentes à la session portent cependant la conviction que l’action pastorale visant la transformation « tient du prophétisme et de l’option préférentielle pour les pauvres », ce que les évêques traduisent ainsi : « Écoute et présence aux pauvres; analyse des causes structurelles de la souffrance et de l’injustice; interpellation de ceux qui sont en situation de pouvoir; action en solidarité avec les pauvres et les opprimés; soutien au pouvoir des pauvres et à leur lutte pour la justice » (Cf  Rapport de la CECC, 1980 ). Des échanges tenus à partir de ce premier constat monte le souhait suivant : « que les charismes sociaux soient suscités et rendus visibles dans les communautés chrétiennes » et que des groupes-porteurs puissent « canaliser cette préoccupation dans le quotidien de la vie paroissiale et dans les liturgies. »

Deuxième constat : si la dimension sociale de la foi est peu présente dans la communauté, elle est « encore moins intégrée dans les autres pastorales. »

Les résistances persistent à cet égard. Résistances à l’incarnation qui font hésiter à entrer dans la démarche de Jésus. Résistances à l’ambiguïté aussi car, aux yeux de plusieurs, les pratiques d’engagement social comportent plus facilement un caractère d’ambiguïté. Après avoir illustré ces affirmations par des exemples, l’auteure exprime ainsi le souhait du groupe : « que les agentes et les agents de pastorale, à tous les niveaux, soient invités à s’associer au mouvement de transformation sociale porté par les groupes populaires et communautaires, et à intégrer le sens de la solidarité à l’ensemble de leur activité pastorale. » En d’autres mots, que toute personne mandatée dans l’Église « ait un lieu d’engagement dans la réalité sociale de son milieu ».

Troisième constat : les processus d’éducation de la foi sont pratiquement « coupés » des réalités sociales, le « voir » n’étant pas le « point de départ de la formation ».

L’Église demeure axée sur une parole de foi et une pratique célébrante « habituellement sans rapport avec l’engagement historique des personnes et des communautés ». Aussi, pour opérer un changement réel, il lui faut entrer dans « une nouvelle compréhension de la foi à partir d’une pratique de transformation ». C’est donc au cœur d’un engagement social en faveur des humains et des groupes marginalisés, « à partir d’une pratique de justice sociale », que les personnes et les communautés croyantes « auront à écouter et à questionner la Parole du Dieu vivant » et à « redéfinir les autres pratiques chrétiennes(…) ». Pour y arriver, les participantes et les participants souhaitent une  formation qui établit un va-et-vient constant entre le social et l’apprentissage de la pratique évangélique et la mise en application d’un « programme de formation qui intègre la dimension sociale à toutes les pastorales ».

Quatrième constat : si « l’intérêt marqué de l’évêque pour la pastorale sociale » est souligné, il faut aussi « remarquer que l’évêque, sans préjudice pour son rôle central, n’est pas le seul leader ».

Quelques questions viennent nourrir la réflexion des membres dont les suivantes :
« Quelle théologie sous-tend notre action de pastorale sociale? »
« Quelles politiques, quelles stratégies, quels moyens et quelle organisation avons-nous pour que la pastorale sociale se développe efficacement? »
« Quels ministères greffons-nous à la pastorale sociale (…) afin que la communauté se sente à l’aise? »

Quant aux souhaits, ils prennent ici la forme de conditions pour assurer l’avenir et le développement de la pastorale sociale. Les voici : une attitude de compassion au quotidien, un « non » à toute injustice, domination, oppression, exclusion…, la solidarité d’une « alliance-terrain avec les mouvements sociaux » pour un changement structurel (économique, politique, culturel, social, religieux…) en faveur des gens appauvris et laissés pour compte.

D’ailleurs les éléments retenus comme particulièrement importants pour l’avenir de la pastorale sociale au cours de cette session se retrouvent dans le document intitulé Éléments d’orientations en pastorale sociale publié par le Comité des affaires sociales en février 1993.

Yvonne Bergeron
Sherbrooke, août 2005

[1] Ce document de treize pages, intitulé Synthèses commentées des miniplénières, fut réalisé par les auteurs René Théberge (Pastorale sociale et communautés chrétiennes), Lucille Forget (Pastorale sociale et milieu social), Yvonne Bergeron (Pastorale sociale et formation) et Roger Poirier (Pastorale sociale et leadership ecclésial). Les textes entre guillemets sont tirés du document.